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Documents de travail médicaux du TASPAAT - Dépression

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Dépression

Document de travail à l'intention du

Tribunal d'appel de la sécurité professionnelle et
de l'assurance contre les accidents du travail

septembre 2008
Révision : juillet 2013

Dr Emmanuel Persad

conseiller médical, TASPAAT

Le Dr Emmanuel Persad a obtenu son doctorat de l’University of Durham en Angleterre en 1964. Il a fait des études postdoctorales en psychiatrie à l’Université de Toronto de 1966 à 1969. Il a obtenu sa spécialisation en psychiatrie en 1972. Il a été récipiendaire de la médaille d’or en psychiatrie de l'Université de Toronto, où il a été professeur jusqu'en 1988. Il s’est ensuite joint au corps professoral de l’Université de Western Ontario où il a été chef du département de psychiatrie de 1994 à 2001. Il est professeur adjoint à l'Université Queen's et professeur à l'École de médecine du Nord de l'Ontario. Il s’intéresse à la pratique clinique et à la recherche dans le domaine des troubles de l’humeur, et il a publié de nombreux ouvrages sur le sujet. Il est actuellement consultant au Markham-Stouffville Hospital. Il siège à la Commission du consentement et de la capacité. Le Dr Persad a exercé les fonctions d’assesseur médical du Tribunal de 1991 à 2002.

Ce document de travail médical sera utile à toute personne en quête de renseignements généraux au sujet de la question médicale traitée. Il vise à donner un aperçu général d’un sujet médical que le Tribunal examine souvent dans les appels.

Ce document de travail médical est l’œuvre d’un expert reconnu dans le domaine, qui a été recommandé par les conseillers médicaux du Tribunal. Son auteur avait pour directive de présenter la connaissance médicale existant sur le sujet, le tout, en partant d’un point de vue équilibré. Les documents de travail médicaux ne font pas l’objet d’un examen par les pairs, et ils sont rédigés pour être compris par les personnes qui ne sont pas du métier.

Les documents de travail médicaux ne représentent pas nécessairement les vues du Tribunal. Les décideurs du Tribunal peuvent s'appuyer sur les renseignements contenus dans les documents de travail médicaux, mais le Tribunal n’est pas lié par les opinions qui y sont exprimées. Toute décision du Tribunal doit s’appuyer sur les faits entourant le cas particulier visé. Les décideurs du Tribunal reconnaissent que les parties à un appel peuvent toujours s’appuyer sur un document de travail médical, s'en servir pour établir une distinction ou le contester à l'aide d'autres éléments de preuve. Voir Kamara c. Ontario (Workplace Safety and Insurance Appeals Tribunal) [2009] O.J. No. 2080 (Ont Div Court).

Traduit de l’anglais par Claude Filteau, trad. a. Membre de l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario (ATIO)


Introduction

Le terme « dépression » est couramment employé pour décrire une humeur (tristesse), une réaction (à une mauvaise nouvelle) ou un trouble (syndrome clinique). Le présent document de travail porte sur la catégorie des troubles dépressifs, lesquels sont diagnostiqués à partir de critères mondialement reconnus (CIM-10 ou DSM-5*). Ces troubles sont définis comme des perturbations de l’humeur accompagnées de perturbations de la pensée (ralentissement) et du comportement (repliement sur soi ou agitation) ainsi que d’une incapacité d’effectuer les activités de la vie quotidienne. Les épisodes peuvent être isolés ou récurrents. On pose un diagnostic de trouble dépressif si les symptômes durent deux semaines ou plus. Faute de traitement, le trouble peut persister pendant des mois ou des années et entraîner des actes autodestructeurs.

Le présent document de travail porte sur les aspects suivants de la dépression :

Prévalence

La dépression touche toutes les cultures et est un important problème mondial de santé publique. Sa prévalence au cours de la vie varie de 2 à 15 % selon le pays. (La prévalence désigne la proportion de gens qui signalent avoir présenté un épisode d’un trouble à un moment quelconque de leur vie.) Elle est au quatrième rang des causes d’invalidité et on estime qu’elle représentera en 2020 la deuxième plus importante charge de morbidité, après la maladie du cœur(1). La charge de morbidité désigne l’impact pour la société des coûts sociaux et économiques d’une maladie. La dépression est une importante cause d’invalidité et de décès. Environ 15 % des personnes atteintes de dépression sont susceptibles de se suicider. La dépression peut survenir à tout moment au cours de la vie. Selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes(2), la prévalence de la dépression au cours de la vie au Canada est de 12,2 %. Dans le cadre de cette enquête, la prévalence au cours de la vie n’était pas liée au niveau de scolarité, mais elle était liée à la présence de troubles médicaux chroniques, tels que la maladie du cœur, l’arthrite, le diabète et l’accident vasculaire cérébral, ainsi qu’au chômage et au manque de revenu. La prévalence la plus faible se trouvait chez les personnes mariées. La plupart des personnes atteintes de dépression ont entre 25 et 64 ans. Chez les personnes d’un certain âge, la dépression est souvent accompagnée de troubles médicaux chroniques. On croit que plus les gens sont sensibilisés à la dépression, plus ils sont susceptibles d’obtenir de l’aide professionnelle. Les taux déclarés sont donc plus élevés dans les pays développés. La question devra être davantage étudiée.

La dépression est un problème relativement courant en milieu de travail. Comme environ 10 millions de Canadiens et Canadiennes ont un emploi, on estime que les problèmes de santé mentale entraînent chaque année au Canada une perte approximative de 35 millions de jours de travail(3). Les troubles dépressifs et anxieux entraînent plus d’absences du travail que tout autre trouble médical. Des études ont démontré que certains facteurs liés au travail contribuent probablement au déclenchement ou à la persistance de la dépression, ou aux deux. Parmi ces facteurs, mentionnons le moral bas, les exigences jugées déraisonnables, la perte de mainmise sur le milieu de travail et les critiques perçues. Si toutes les personnes exposées à de tels facteurs de stress au travail ne deviennent pas dépressives, c’est probablement parce que certaines y sont plus vulnérables en raison de leur disposition génétique, de leur personnalité ou de leurs expériences de vie. Même si on dépense des millions de dollars au Canada pour traiter les troubles dépressifs, de nombreuses personnes atteintes de dépression ne reçoivent pas les soins voulus faute de services suffisants, de diagnostic ou de motivation à obtenir de l’aide. Le manque d’accès aux services psychiatriques peut faire obstacle au traitement, mais on sait que la dépression peut être traitée efficacement par les médecins de famille en milieu de soins primaires(4).

Comorbidité

On parle de comorbidité quand au moins deux troubles cliniques sont présents. La dépression est un trouble clinique qui peut survenir en même temps que des troubles anxieux, l’abus d’alcool ou d’autres drogues, les maladies physiques, l’état de stress post-traumatique et la douleur chronique. D’autres maladies moins bien établies, c’est-à-dire pour lesquelles on n’a pas de solides données cliniques, peuvent aussi survenir en même temps que la dépression, soit le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, les troubles de la personnalité limite et les démences. On parle de pseudo-démence quand un patient dépressif présente des symptômes de démence. Une évaluation poussée et des tests cognitifs peuvent permettre de clarifier le diagnostic.

Diagnostic de la dépression

Pour diagnostiquer la dépression, il faut procéder à une évaluation psychiatrique exhaustive et connaître à fond les antécédents médicaux et le contexte socioculturel du sujet. Dans son rapport, le psychiatre doit essayer de placer les symptômes psychiatriques et le diagnostic dans le contexte des conditions de vie du sujet, ce dont il sera question plus loin.

Échelles d’évaluation

On peut utiliser diverses échelles d’évaluation à des fins cliniques. Ces échelles peuvent renforcer l’évaluation clinique, mais elles ne peuvent la remplacer. Ce sont des outils de dépistage utiles. Ces échelles (par exemple les échelles de dépression de Montgomery-Asberg, Burns ou Hamilton) peuvent donner une idée de la gravité de la dépression. Des questionnaires autoadministrés (p. ex. celui de Beck) aident le patient à évaluer son humeur au quotidien. Ces échelles et questionnaires sont toutefois d’une utilité limitée. Les scores obtenus donnent une idée de la gravité et peuvent témoigner des changements qui surviennent avec le temps.

Trouble dépressif

Selon les classifications actuelles, telles que celles du DSM-5 et de la CIM-10, au moins cinq des symptômes ci-dessous doivent être présents pendant au moins deux semaines.

Épisodes dépressifs récurrents

Des épisodes récurrents discrets, dont les symptômes sont les mêmes que ceux du trouble dépressif, peuvent survenir à intervalles variables. Il existe des traitements pour la prévention des récurrences.

Dépression en présence d’un trouble bipolaire de l’humeur

Les troubles de l’humeur sont de deux grands types cliniques : les troubles unipolaires (dépression seulement) et les troubles bipolaires (alternance dépression-manie ou hypomanie). La manie désigne une humeur exaltée, euphorique ou irritable qui s’accompagne d’une augmentation de l’activité physique, d’une diminution du besoin de sommeil et d’un mauvais jugement entraînant des inconduites sociales. La manie peut parfois mener à la psychose, soit la perte de contact avec la réalité. Dans certains cas de trouble bipolaire de l’humeur, les épisodes peuvent être mixtes, c’est-à-dire que le sujet présente à la fois des symptômes de dépression et de manie : le sujet signale être à la fois excité et déprimé, et il semble agité. Pendant les phases dépressives du trouble bipolaire, les symptômes sont les mêmes que ceux des troubles dépressifs. Toutefois, dans certains cas de trouble bipolaire, des symptômes tels que l’hyperphagie et l’hypersomnie peuvent être présents pendant les épisodes dépressifs. Parfois, les antidépresseurs peuvent déclencher un épisode hypomaniaque (manie moins grave) ou maniaque. Il est rare qu’un événement survenant au travail « cause » un trouble bipolaire, mais, comme dans le cas de la dépression, un tel événement peut y contribuer.

Dépression en présence d’un trouble affectif saisonnier

Une dépression peut aussi survenir chez une personne qui souffre d’un trouble affectif saisonnier (TAS). Ce trouble est caractérisé par la survenue d’une dépression pendant les mois d’automne et d’hiver dans l’hémisphère Nord. Ses symptômes comprennent la léthargie, l’hyperphagie et l’hypersomnie. La rémission est en général spontanée au printemps. Un épisode hypomaniaque (forme moins grave de manie) peut aussi suivre un épisode dépressif.

Dysthymie

La dysthymie est un type de trouble dépressif qui dure pendant plusieurs années. Les personnes qui en sont atteintes peuvent se sentir déprimées, mais elles sont capables de fonctionner. On observe en général les symptômes suivants : le manque d’appétit ou l’hyperphagie, l’insomnie ou l’hypersomnie, le manque d’énergie, la faible estime de soi et les difficultés de concentration. Les symptômes sont moins graves, et les personnes atteintes peuvent déclarer n’avoir jamais été heureuses. La dysthymie était auparavant appelée « dépression névrotique » (voir annexe 1).

Trouble de l’adaptation avec dépression

On parle de trouble de l’adaptation quand des symptômes affectifs ou comportementaux apparaissent en réaction à un facteur de stress identifiable (sauf le deuil) trois mois ou moins après la survenue de ce facteur. Les troubles de l’adaptation peuvent être accompagnés d’une humeur dépressive, d’anxiété ou d’un trouble du comportement. Les symptômes dépressifs liés à un trouble de l’adaptation sont moins graves et ils sont liés à un facteur de stress particulier, comme des problèmes au travail, des problèmes relationnels ou la survenue d’une maladie terminale. Ces symptômes ne rempliraient pas les critères d’un épisode dépressif.

Autres troubles dépressifs

Les troubles dépressifs peuvent survenir dans le contexte d’événements particuliers, par exemple dans le post-partum (soit après l’accouchement), ou être associés à un état de stress post-traumatique ou à la douleur chronique (voir le paragraphe ci-dessus sur la comorbidité). Les troubles dépressifs peuvent aussi résulter de problèmes médicaux comme le diabète ou le cancer. Pour diagnostiquer un trouble ou un épisode dépressif, on doit effectuer une évaluation clinique minutieuse comportant la prise de tous les antécédents psychiatriques et un examen de l’état mental.

Le diagnostic de dépression peut changer avec le temps chez une même personne et d’autres composantes peuvent apparaître, dont des composantes psychotiques (perte de contact avec la réalité) ou chroniques (épisode durant plus de deux ans).

Causes de la dépression

Les troubles dépressifs ou de l’humeur sont causés par plusieurs facteurs et non par un seul. On ne croit plus que ces troubles découlent simplement d’un « problème biochimique » dans le cerveau.

Les facteurs prédisposants (c’est-à-dire qui contribuent à la vulnérabilité d’une personne à la dépression) comprennent les antécédents familiaux de dépression, la violence physique et sexuelle, l’abus d’alcool ou d’autres drogues et les traumatismes. Les personnes âgées peuvent être vulnérables, mais, comme on l’a mentionné ci-dessus, la dépression est chez elles en général associée à des troubles médicaux chroniques.

Des facteurs précipitants (c’est-à-dire contribuant à la survenue de la dépression) peuvent ou non être présents. Les épisodes dépressifs peuvent survenir de façon spontanée, surtout s’ils sont récurrents. Aux fins du processus décisionnel, on peut attribuer la dépression à l’événement lié au travail ou à la séquelle. En tant que facteurs de stress, ces événements peuvent être des facteurs précipitants, mais dans la plupart des cas, il y a des facteurs prédisposants. Cela s’applique aussi aux troubles bipolaires de l’humeur. Le décideur doit déterminer si l’événement lié au travail a contribué de façon importante à la survenue de l’épisode. Dans certains cas, on ne peut cerner de facteurs prédisposants et, pour prendre une décision, on s’appuie sur la nature des répercussions psychologiques, sociales et économiques de l’événement lié au travail.

Les facteurs de perpétuation peuvent comprendre l’absence de diagnostic ou de traitement adéquat, le stress chronique, les maladies graves, la douleur chronique ou la présence de troubles psychiatriques. Le stress chronique au travail n’est pas toujours indemnisable, par exemple quand il découle de la perception de harcèlement, de l’inégalité des chances et du travail par équipe.

Le rapport d’expertise psychiatrique doit brosser un tableau détaillé de tous les facteurs susceptibles de contribuer à la survenue d’un épisode. Dans la plupart des cas, le diagnostic indiquera qu’il y a possibilité d’une prédisposition génétique chez la personne atteinte de dépression, mais que des facteurs externes comme ceux présentés ci-dessus ont précipité ou perpétué l’épisode dépressif.

Processus décisionnel et problèmes liés au travail

L’énoncé ci-dessous est tiré de la Déclaration commune sur la dépression chez les adultes (Services de santé Alberta, 2008(5)) formulée par suite d’une conférence tenue à Edmonton en 2008.

« Ce sont les collègues de travail qui constatent souvent en premier l’apparition des problèmes de santé mentale. L’incidence considérable de la dépression sur la productivité du lieu de travail est de plus en plus reconnue, mais ce n’est qu’aujourd’hui que les employeurs canadiens commencent à comprendre l’importance de la dépression au travail et de son traitement.

Les perceptions erronées et le manque de connaissances sur cette maladie peuvent créer un milieu de travail empoisonné. Nombre d’employeurs craignent que la productivité de l’employé dépressif, même après son rétablissement, soit réduite plus tard. Les collègues se sentent souvent mal à l’aise en sa présence. En outre, en raison de l’intolérance et du manque de soutien dans le lieu de travail, l’employé dépressif ne peut pas demander de l’aide. L’incidence sur les employés et les employeurs est donc inutilement élevée.

Les employeurs informés peuvent mettre en place des structures et des politiques qui facilitent l’intervention précoce et un milieu de travail sain. Les coûts de la dépression seraient ainsi sensiblement réduits pour l’employeur ».

Un manque d’appui au travail n’est pas en soi indemnisable, mais le décideur doit tenir compte de cet aspect en analysant la demande d’indemnité.

La Commission de la santé mentale du Canada a publié un exposé de principes sur la dépression et le milieu de travail(6). La Commission a mis l’accent sur le fardeau financier énorme de la dépression et sur le fait qu’en raison de la honte associée à la dépression, l’employé n’est pas susceptible d’en parler à son employeur et qu’il souffre en silence, ce qui augmente la perte de productivité.

L’examen des demandes d’indemnité pour des troubles dépressifs est souvent difficile pour le Tribunal en raison du manque de spécificité des rapports médicaux faisant état de dépression.

Un rapport médical doit comporter une évaluation psychiatrique et un diagnostic formulé à partir du DSM-5 ou de la CIM-10.

L’introduction de la 5e édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’American Psychiatric Association (DSM-5), parue en mai 2013, comporte d’importantes différences par rapport à l’édition précédente, différences dont les rapports d’expertise psychiatrique finiront par tenir compte. Voici certaines des différences entre les 4e et 5e éditions du DSM.

Lors de l’évaluation d'une demande d’indemnité pour dépression, l’évaluateur en psychiatrie doit poser au travailleur des questions sur ses antécédents personnels, dont ses antécédents émotionnels, développementaux, familiaux, scolaires et professionnels, ainsi que sur ses capacités d’adaptation. L’évaluateur doit aussi poser toutes les questions voulues sur la nature, la durée et la gravité des symptômes, les fluctuations quotidiennes de l’humeur, les relations interpersonnelles et, le cas échéant, les pensées autodestructrices. Le rapport d’expertise psychiatrique doit peser soigneusement les contributions de plusieurs des aspects de la vie du travailleur atteint de dépression et contenir un diagnostic formulé à partir du système du DSM-5. Il faut souligner que le diagnostic repose dans une grande mesure sur les déclarations subjectives de la personne atteinte, mais que l’examen de l’état mental peut permettre d’évaluer ces déclarations avec une certaine mesure d’objectivité. Comme il arrive souvent qu’on ne puisse se fier au patient, les renseignements obtenus auprès des proches facilitent le diagnostic. Souvent, les rapports d’expertise psychiatrique ne sont pas aussi précis que d’autres rapports médicaux, lesquels s’appuient sur des tests objectifs. Le rapport a en outre moins de poids s’il ne contient pas d’analyse du tableau clinique ni de justification du diagnostic. Les rapports préparés par des psychologues cliniciens sont en général fondés sur des tests normalisés et sont valides aux fins du processus décisionnel. Ils doivent présenter les antécédents et les résultats de l’examen du sujet, ainsi qu’une analyse des renseignements corroborants. Pour ces rapports, on doit utiliser la même classification diagnostique, telle que celle du DSM-5.

Traitement

Le traitement des troubles dépressifs peut être efficace. Le traitement associe habituellement médicaments (antidépresseurs/psychorégulateurs), psychothérapie et modifications du mode de vie. Les antidépresseurs sont de deux classes chimiques : les antidépresseurs cycliques et les inhibiteurs de la mono-oxydase. La première classe comprend les inhibiteurs du recaptage de la sérotonine et les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine-noradrénaline. Les vieux antidépresseurs sont rarement utilisés. Il faut de quatre à six semaines pour que les antidépresseurs fassent effet. Tous les antidépresseurs ont des effets secondaires, dont prise de poids et dysfonction sexuelle(7). Le traitement médicamenteux ou la psychothérapie, ou les deux, peuvent devoir être continus pour prévenir les rechutes et récurrences. Certains patients dépressifs ne répondent pas au traitement. On dit alors que des composantes chroniques sont présentes, soit souvent une absence de réponse pendant plus de deux ans. Certains patients semblent ne jamais se rétablir complètement et, le cas échéant, on doit se demander si le traitement convient, si le patient subit un stress chronique ou s’il présente des troubles concomitants. Ces patients peuvent devoir être traités dans un centre qui se spécialise dans les troubles de l’humeur.

Il y a diverses formes de psychothérapie pour la dépression. La thérapie cognitivo comportementale et la psychothérapie interpersonnelle sont des formes de psychothérapie bien établies et qui exigent une formation spécialisée.

L’électroconvulsivothérapie (ECT) demeure efficace, mais est rarement utilisée pour le traitement de la dépression(8). Les débats dans le domaine public et dans les médias ont tendance à présenter l’ECT sous un mauvais jour, mais, dans certaines situations, elle peut être salvatrice. L’ECT est administrée sous anesthésie générale. Elle consiste à faire passer un courant électrique dans le cerveau du patient par une électrode placée sur sa tête, ce qui cause une convulsion qui est modifiée par des myorelaxants. L’intervention dure entre trois et quatre minutes. La stimulation magnétique transcrânienne répétitive est une forme de traitement plus récente, mais son efficacité est toujours à l’étude.

La photothérapie, ou thérapie par la lumière, est utilisée par les personnes qui souffrent de troubles affectifs saisonniers. Elle peut être associée aux antidépresseurs.

L’annexe 2 présente un résumé des traitements couramment utilisés contre la dépression.

Le DSM-5 et de récents commentaires sur l’évaluation, le diagnostic et le traitement des troubles psychiatriques mettent l’accent sur l’importance de la pertinence culturelle, soit l’identité culturelle de la personne, la conceptualisation culturelle de la détresse, les facteurs culturels de vulnérabilité et de résilience, et, surtout, les caractéristiques culturelles de la relation entre le clinicien et le patient. On doit tenir compte de ces facteurs pour l’évaluation et le traitement.

Résumé

La dépression est un trouble traitable qui touche de 2 à 15 % de la population dans la plupart des pays développés. Selon certaines études, la prévalence de la dépression serait à la hausse. La dépression est une importante cause d’absentéisme au travail. Chez les personnes qui en souffrent, elle a d’importantes répercussions sur la vie personnelle, sociale, familiale et professionnelle et peut mener au suicide.

Annexe I

Le tableau ci-dessous présente les modifications apportées à la terminologie.

DSM-III R (1996) DSM-IV TR (2000) DSM-5 2013
Névrose d’angoisse avec composantes dépressives Trouble anxieux Pas de changement
Névrose d’angoisse avec manifestations psychosomatiques Trouble somatoforme Symptômes somatiques et troubles apparentés
Névrose de conversion Trouble de conversion Trouble de conversion (trouble neurologique fonctionnel)
Névrose obsessionnelle-compulsive Trouble obsessionnel compulsif Pas de changement, mais ajout du trouble d’accumulation compulsive
Névrose d’angoisse avec composantes phobiques Trouble anxieux généralisé Pas de changement
Névrose d’angoisse avec hypocondrie Hypocondrie Le trouble anxieux axé sur la maladie fait partie de la catégorie des troubles somatiques.

Dans le DSM-5, la douleur fait partie de la catégorie des troubles somatiques et des troubles apparentés, et elle est classée comme un trouble somatique avec douleur prédominante. Celle-ci peut être qualifiée de persistante et être classée comme légère, modérée ou intense.

Annexe II

Critères du choix d’un antidépresseur :

  1. Réponse antérieure et effets secondaires
    1. Comorbidité
    2. Profil des symptômes
    3. Préférences et fidélité au traitement du patient
    4. Coûts
  2. Aucun antidépresseur n’est plus efficace qu’un autre. La pratique actuelle consiste à amorcer le traitement par un inhibiteur du recaptage de la sérotonine, tel que le citalopram ou la sertraline, ou par un médicament d’une autre classe, tel que la venlafaxine ou Wellbutrin. Tous les antidépresseurs ont des effets secondaires et, en général, il faut de quatre à six semaines pour que le traitement fasse effet.
  3. Il est bien établi que les antidépresseurs sont plus efficaces quand ils sont associés à d’autres interventions, telles que les modifications du mode de vie et la psychothérapie.

Références

  1. Moussavi Saba et coll. (2007). « Depression, chronic diseases, and decrements in health: results from the World Health Surveys » . The Lancet, vol. 370, 851-858.
  2. Patten.S.B. et coll. (2006) « Descriptive Epidemiology of Major Depression in Canada » . Canadian Journal of Psychiatry, 51(2), 84-90.
  3. Drouin Denis, Mark Berber et Marie-Josee Di Heau (2007) Depression/Anxiety in Employed Patients: A Guide for Family Physicians. Publication de Université Laval.
  4. Kates Nick et Michele Mach (2007). « Chronic Disease Management for Depression in Primary Care: A Summary of the Current Literature and Implications for Practice » . Can J Psychiatry, 52(2), 77-85.
  5. Déclaration commune sur la dépression chez les adultes – Comment améliorer la prévention, le diagnostic et le traitement. Alberta Health Services, publiée le 17 octobre 2008.
  6. Mental Health Commission of Canada. (2013). Topics: Workplace - What is the Issue? Repéré à http://www.mentalhealthcommission.ca/English/issues/workplace.
  7. Bezchlibnyk-Butler K., J. Jeffries et Adil S. Virani (éditeurs) (2007). Clinical Handbook of Psychotropic Drugs (16e édition). Toronto : Hogrefe & Huber.
  8. Endler N. S. et Emmanuel Persad. (1988) Electroconvulsive Therapy. Toronto : Hans Huber.

Recommandations

Mental Health Economic Statistics. Inst. of Health Economics and the Alberta Mental Health Board 2007.

Dépression au travail. Association canadienne pour la santé mentale 2004.

Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) Pocket Guide to Depression. S.V. Parikh (éditeur). 2010.

Depression and the workplace. A.Bender et P.Farvolen. Current Psychiatry Reports.10.73-79.2008.

 

* Classification internationale des maladies, 10e édition (2005), et Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'American Psychiatric Association, 5e édition (2013).

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